Je viens de lire ton édito dans Glamour (on me l'a envoyé, rassure-toi, je n'achète pas ton journal).
Pour aggraver mon cas, je suis de la "pire" engeance : les blogueuses. Je suis un peu experte de l'égalité professionnelle aussi, mais tu as bien raison de me rappeler au fait que si Internet n'existait pas, je n'existerais pas beaucoup non plus dans les médias. D'ailleurs, quand on veut me rabaisser, moi qui dirige une entreprise (que j'ai créée), écrit des livres, participe à des mouvements et actions féministes, bâtit et conduit des politiques d'égalité et des programmes d'innovation sociale, donne des conférences sur l'invisibilisation des femmes dans le récit de l'histoire des sciences et progrès (entre autres sujets) on me donne le simple et réducteur titre de blogueuse. Sous la plume d'une vraie journaliste qui noircit du vrai papier, c'est un peu à l'écrivain.e publié.e chez Gallimard ce qu'est le/la scribouillard.e auto-édité.e, un.e moins-que-rien qui achève de s'humilier en s'aveuglant sur son absence totale de talent et en cavalant coûte que coûte après la reconnaissance.
En revanche, je ne suis pas en "mal de sujets", parce que malheureusement l'actualité me donne tous les jours des raisons d'écrire ici, sur mon petit blog de rien du tout. Tiens, juste pour ces derniers jours, les propos d'un député européen sur la moindre intelligence des femmes qui justifie selon lui leur moindre rémunération, l'édito abscons — et dans abscons, y a "abs" — d'un de tes confrères sur la parité, la mise sous le tapis de faits d'agressions sexuelles par les dirigeant.es d'Uber, les horreurs écrites dans le dossier "jusqu'où peut-on être féministe?" de tes camarades de Phosphore, les chiffres désespérants du financement des start-ups fondées par des femmes... Je continue (j'ai de quoi), ou t'as compris ? Je suis en mal de temps, cependant, mais je ne sais pas si la question de l'agenda au cordeau des femmes t'intéresse, au-delà du temps qu'elles peuvent dégager pour lire ton canard et "shoper" les it-machins-chouettes que vendent à prix d'or tes annonceurs. Non, parce qu'en fait, je ne sais pas si tu es au courant, mais parmi les nombreuses inégalités entre femmes et hommes, il y a le fait qu'elles ont 18% de temps de loisir en moins (INSEE, 2010), ce qui a peut-être quelque chose à voir avec le fait qu'elles se cognent encore 70% du temps de travail domestique. Mais je ne voudrais pas, en disant cela, passer pour une féministe "des plumeaux" comme ta collègue Elisabeth Levy nomme si aimablement les personnes qui rappellent que la vaisselle, le linge et la gastro-entérite de la progéniture ne relèvent pas de compétences féminines innées. Je sais, c'est pas "glamour" de parler torchons, lessive et vomi d'enfant.
Oui, Céline, il m'arrive d'avoir du poil aux jambes et sous les bras, parce que parfois, c'est plus urgent et plus important pour moi d'écrire, lire, rire, faire la fête, dormir, que d'aller chez l'esthéticien.ne et j'ai envie de croire que pour les personnes qui m'entourent et y compris avec qui je couche, c'est plus important que j'aie l'esprit vif que la gambette soyeuse.
Oui, Céline, tu as raison, je ne suis pas toujours souriante. Tu as vu l'excellente vidéo sur l'injonction au sourire faite aux femmes qu'a réalisée Jen McCartney? Tu devrais. Tiens, je te la remets là, cadeau bonus, pour ton 8 mars.
Oui, Céline, je suis une vilaine féministe. Je ne rentre pas dans tes cases. C'est peut-être moi qui suis trop grosse et pas assez gracieuse pour m'y glisser, ou c'est peut-être qu'elles sont trop étroites. Parce qu'en fait, la féministe à laquelle tu voudrais qu'on "aime ressembler", elle n'existe que dans tes projections. Un peu comme "la" femme qui s'étale, photoshopée, sur les pages du catalogue de pubs stéréotypées au milieu duquel des journalistes de qualité tendent tant bien que mal de glisser quelques papiers intéressants comme celui-là, celui-là ou celui-là. Tu vois, moi, même quand j'ai des a priori sur ton business, je m'intéresse quand même un peu à ce que tu fais et je te reconnais des bons points. Bonne Journée Internationale des Droits des Femmes à toi.